La coupe de bois est en train de prendre un virage dramatique en Casamance. C’est le cas à Tendouck, localité située dans le département de Bignona où les populations ont, depuis quelques jours, constaté une véritable hémorragie au cœur de leur forêt classée devenue le terrain d’expression des trafiquants.

Huit trafiquants de bois ont été arrêtés d’ailleurs dans cette partie du Blouf et plus précisément dans cette forêt classée de Tendouck avant d’être mis à la disposition des agents des eaux et forêts de Bignona. Le correspondant de Libération était sur place.

Malgré les mesures sévères prises par l’Etat du Sénégal, les trafiquants refusent d’aller au chômage. Tronçonneuses entre leurs mains, ils continuent de piller intensément les forêts denses et touffues de la capitale du Fogny (Bignona). Leur dernière zone de prédilection a été la forêt classée de Tendouck où ils ont opéré avant de procéder à la coupe de plusieurs masses de troncs d’arbres.

Huit parmi eux ont été capturés par les populations de Tendouck avant d’être livrés aux agents des services des eaux et forêts de Bignona. S’érigeant en bouclier autour de leur forêt dense et touffue, les habitants de ce village mythique ont promis depuis hier, jeudi 16 décembre 2021, «l’enfer» à ces pilleurs de bois. «C’est désormais pour nous, populations de Tendouck, une question de vie, de survie et de mort.

Nous avons décidé de prendre les destinées de notre village. C’est pourquoi, nous ne laisserons plus personne piller notre forêt classée», a averti Yaya Diémé, président du comité de surveillance et de protection des forêts de Tendouck. A l’en croire, «le dimanche 12 décembre, des trafiquants de bois ont fait irruption dans la forêt classée de Tendouck pour y abattre des blocs de troncs d’arbres notamment les caïcedrats et les links. Aidés par leurs tronçonneuses, ils ont transformé les troncs en plusieurs planches de 8 à 12 m», explique Yaya Diémé qui ajoute : «Nous avions été alerté par des jeunes. Nous les avons cerné avant de les capturer tous. Ils étaient au nombre de huit pilleurs de bois et nous leur avons repris toutes leurs tronçonneuses», a soutenu le président du comité de surveillance et de protection de la forêt classée de Tendouck. Si les coupeurs de bois, dans les forêts du département de Bignona, gardent toujours leur posture de surdité face aux nombreuses dénonciations du trafic illicite à grande échelle,

À LIRE  «Afriqu’enjeux», un jeu de société pour comprendre l’Afrique

«il y a un risque réel d’un second Boffa-Bayotte dans le Blouf où les trafiquants de bois s’adonnent depuis quelques temps un pillage criminel, humiliant et aveugle des ressources forestières. Nos populations sont très décidées. Et quelles soient les menaces que ces exploitants ou trafiquants de bois vont proférer contre nous, nous ne fléchirons pas», a prévenu M. Diémé.

Le chef du village de Tendouck d’ajouter : «Nous interpellons l’Etat avant que le pire ne se produise dans le Blouf. Ces pilleurs de bois n’ont jamais eu peur. Cette forêt classée de Tendouck est un domaine de l’Etat du Sénégal. Elle doit être, dès lors, protégée. Les braconniers n’ont plus leurs places dans notre forêt», a dit Mamina Goudiaby.

Aujourd’hui, force est de reconnaître que le phénomène de coupe de bois dans le département de Bignona a connu un regain dévastateur. «En 2014, c’était la saignée dans cette forêt classée de Tendouck. Les coupeurs de bois avaient pillé toute cette forêt et à des degrés forts. Nous ne voulons plus de ça», met en garde, du haut de ses 80 ans, le Abdoulaye Diémé.

L’introduction des compagnies multinationales comme des Chinois et des Indiens a donné aujourd’hui un coup de fouet à ce trafic intense de bois en Casamance. «Ces compagnies multinationales proposent des motos cylindrées aux trafiquants, contre des troncs d’arbres. Comme un effet de mode dans le département de Bignona, les trafiquants de bois exploitent ces engins pour le transport de leurs produits illicites qu’ils acheminent dans les pays de la sous-région», ont révélé ces populations.