Le Nigérian Benedict Oramah, président de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a été reconduit pour un second mandat de cinq ans. Il aura notamment la lourde tâche de conduire avec succès l’ère post-covid du financement du commerce intra-africain pour lequel il s’engage à doubler l’enveloppe à plus de 30 milliards de dollars d’ici 2025. La zone de libre-échange continentale (Zlecaf) en toile de fond.

A l’issue d’un vote par correspondance, les actionnaires de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) ont reconduit le Nigérian Benedict Oramah dans ses fonctions de président pour un nouveau mandat de cinq ans.

Afreximbank: Oramah promet 30 milliards de dollars au commerce intra-africain d’ici 2025 1
Benedict Oramah. président d’Afreximbank

Devenu président en septembre 2015, Oramah a rejoint les rangs d’Afreximbank en 1994, soit un an après la signature de l’accord de création de la Banque. Arrivé en tant qu’analyste en chef, son parcours l’a emmené à jouer un rôle important dans le développement des affaires d’Afreximbank, notamment en matière de financement de projets et de développement des exportations ou de conseil aux entreprises. Outre cette institution financière multilatérale panafricaine, le leader nigérian – également membre du Conseil consultatif sur l’économie mondiale du cacao de l’Organisation internationale du cacao- siège au conseil d’administration de l’International Factors Group (IFG) dont il préside la section Afrique.

2020-2025: plus de 30 milliards de dollars pour le commerce intra-africain

Sa réélection à la tête d’Afreximbank intervient à un moment critique pour le commerce africain dont la dynamique -de même qu’à l’échelle internationale- a été considérablement freinée par la pandémie de coronavirus. Avant l’apparition de la Covid-19 en effet, le commerce africain frôlait les 1 000 milliards de dollars (997,9 milliards de dollars en 2018), connaissant une croissance assez continue au cours des dernières années. Résultat notamment d’un financement de plus de 30 milliards de dollars injectés par Afreximbank dans le commerce africain entre 2015 et 2019, dont plus de 15 milliards exclusivement dédiés au commerce intra-continental.

À LIRE  L'exposition "prête-moi ton rêve" fait le tour du continent africain.

Depuis mars 2020 cependant, l’aggravation du besoin de financement des entreprises commerciales du fait de la pandémie a placé la Banque face à un défi majeur. Oramah a depuis lors validé plusieurs solutions dont un mécanisme de soutien aux entreprises de 3 milliards de dollars, dont près d’un milliard a été mobilisé auprès de 13 groupes bancaires internationaux dont le dubaïote Emirates NBD Capital Limited, le japonais Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG) et le britannique Standard Chartered Bank. Pour les cinq prochaines années, Oramah -dans un communiqué transmis à la presse s’engage :

« nous chercherons à doubler le financement du commerce intra-africain de sorte qu’à la fin de mon mandat, il ne représentera pas moins de 40% des actifs totaux de la Banque, avec des décaissements cumulés, sur une base renouvelable, sur les 5 ans dépassant 30 milliards de dollars ».

Faire tomber les frontières… commerciales

Cette question du financement du commerce intra-africain répondra à une autre priorité du nouveau mandat d’Oramah : la zone de libre-échange continentale (Zlecaf). En annonçant mi-mai lors d’un webinaire le report de la mise en œuvre de l’accord initialement prévue pour juillet 2020, Wamkele Mene, secrétaire général de la Zlecaf, n’a pas précisé le nouvel agenda. Or en tant que financier du commerce africain, Afreximbank s’est largement investi dans la réalisation du projet de la Zlecaf, faisant notamment beaucoup de lobbying pour l’adhésion de certains pays, mais aussi en initiant la première foire commerciale intra-africaine qui se tient annuellement au Rwanda et dont l’édition 2020 a été annulée en raison de la Covid-19. « Nous voulons une Afrique où les fondements de l’Accord de libre-échange continental africain sont posés rapidement afin que les 84 000 kilomètres de frontières qui nous séparent depuis des siècles puissent commencer à tomber », a déclaré Oramah.

À LIRE  COVID-19 : 25 émigrés africains confinés à Ngallèle

Tout comme nombre d’économistes et d’experts, le président d’Afreximbank considère la Zlecaf comme l’une des voies par excellence pour permettre au continent d’atteindre ses ambitions d’industrialisation, laquelle représente une des priorités de l’agenda 2063 de l’Union africaine (UA). Cela « soutiendrait l’émergence de chaînes de valeur régionales, transformerait les atouts créatifs et culturels de l’Afrique en moteurs de croissance, créerait des emplois pour les jeunes du continent, transmettrait le respect aux Africains où qu’ils se trouvent et mieux préparerait le continent pour être plus compétitif sur les marchés mondiaux », explique-t-il. En attendant la définition claire d’un agenda, la Banque travaille déjà en partenariat avec le Centre du commerce international (ITC), agence conjointe de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des Nations Unies, afin d’outiller les entreprises.

Basée au Caire, Afreximbank accueille dans son tour de table 52 pays africains et trois pays non régionaux : la Chine, l’Inde et la Russie. Ces actionnaires rassemblent aussi bien les gouvernements que des banques centrales, des institutions régionales et sous-régionales, des investisseurs privés et institutions financières et agences de crédit. Pour garantir la capitalisation de la Banque au cours des prochaines années, son patron envisage notamment un recours plus important aux marchés afin de diversifier les sources de capitaux propres.

Source: Afrique.latribune