Depuis le début de l’année, Akinwumi Adesina, le président de la Banque africaine de développement (BAD), est dans l’œil du cyclone. Des employés l’accusent en effet de comportements “contraires à l’éthique”.

“Le 19 janvier, ils ont déposé plainte et transmis au département de l’intégrité et de la lutte contre la corruption de la Banque un document de onze pages détaillant seize cas d’abus présumés, impliquant parfois directement le président Adesina”, explique Le Monde.

Selon les lanceurs d’alerte, ces écarts concernent en particulier les recrutements qui privilégient fortement les ressortissants nigérians, et parmi eux des amis d’Akinwumi Adesina. Ainsi, les Nigérians représentent le quart des nouvelles recrues des postes de direction. Le rapport cite également des contrats passés avec des amis du président, qui “relèvent potentiellement du conflit d’intérêt”.

Les lanceurs d’alerte menacés
Depuis, l’ambiance est particulièrement délétère au sein de l’institution. Au point que ces lanceurs d’alerte ont décidé d’arrêter toutes communications, inquiets quant à d’éventuelles représailles.

Il est vrai qu’à quelques mois de l’élection du nouveau président en août 2020, cette campagne sent le soufre. D’autant qu’Akinwumi Adesina partait grand favori pour être reconduit à la tête de la BAD. Le comité d’éthique de l’organisme a mené l’enquête, réclamant aux lanceurs d’alerte des preuves supplémentaires à leurs allégations. “Le collectif dira ne pas pouvoir le faire de peur de voir l’identité de ses membres révélée, ce qui a conduit le comité d’éthique à rejeter l’ensemble des accusations”, explique Financial Afrik.

L’enquête interne insuffisante
Pour sa défense, Akinwumi Adesina a joué la partition du complot ourdi par les 26 membres non-africains de l’organisme (pour 54 Africains). Ceux-ci semblent plus circonspects sur son action à la tête de la Banque. Il faut dire que durant sa présidence, les départs de cadres se sont multipliés, visiblement excédés par une gouvernance très verticale.

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Forte de ce rapport, Kaba Nialé la présidente ivoirienne du Conseil des gouverneurs (et ministre ivoirienne du Développement) avait alors clos l’affaire considérant que l’enquête disculpait le président Akinwumi Adesina. Dans une lettre adressée aux autres gouverneurs, elle appelait à “rétablir la paix et la sérénité au sein de la Banque”.

Les Etats-Unis à la manœuvre
Peine perdue. Les Etats-Unis ont vite relancé le dossier. “Considérant l’étendue, la gravité et la précision des allégations (…), nous pensons qu’une enquête plus approfondie est nécessaire pour que le président de la BAD bénéficie du soutien et de la confiance complets des actionnaires”, écrivait fin mai le Secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Kaba Nialé a dû se soumettre et accepter une enquête externe, indépendante. “Elle devra être menée par une personne neutre, intègre, de haut calibre, ayant une expérience incontestable et une réputation internationale avérée, dans un délai de deux à quatre semaines maximum, en tenant compte du calendrier électoral”, explique la présidente des gouverneurs.

Pas sûr pour autant que la paix et la sérénité attendues reviennent au sein de l’organisme d’ici la fin août, date prévue de l’élection.