Ils seraient au moins 100.000 enfants à errer dans les grandes villes du pays. Des enfants parfois très jeunes, sans domicile fixe, communément appelés talibés. Des proies désignées de la pandémie du coronavirus qui se progage.

Rien qu’à Dakar, ils sont des milliers de jeunes à errer dans les rues de la capitale sénégalaise. Certains sont à peine âgés de 5 ans. Ils vivent de mendicité et de petits boulots pour ceux qui le peuvent. Ils dorment à même la rue ou dans des immeubles en construction. “Ils ont rompu avec leurs familles ou ont fui les maltraitances d’un maître coranique. Certains ont rejoint la rue simplement par soif de liberté”, explique à l’AFP Cheikh Diallo, un des responsable de l’association Village Pilote qui leur vient en aide depuis une trentraine d’années.

La mendicité, ça ne marche plus

Qu’ils soient enfants ou adolescents, ils sont craints par une population qui redoute la contamination au coronavirus. Dans la capitale, soumise au couvre-feu, ils vivent la peur au ventre. Une rumeur de contamination peut rapidemment enflammer un quartier.

Dans une ville soumise à l’état d’urgence, les enfants de la rue redoutent plus que tout de tomber entre les mains de la police qui les pourchasse. Les jeunes rencontrés par l’AFP se plaignent surtout d’être délogés sans ménagement de leurs “points de chute” habituels par les forces de l’ordre chargées de faire respecter le couvre-feu instauré dans tout le pays.

“Les enfants talibés passent leurs journées dans des zones à risques. Dans les marchés ou les gares routières. Des lieux recevant beaucoup de monde et donc propices à la contamination et la transmission du Covid-19”

Le bureau des Nations unies au Sénégal a déjà tiré la sonnette d’alarme face aux risques de contamination et de propagation du Covid-19 des enfants de la rue, communément appelés talibés. Si le gouvernement sénégalais a déclaré l’état d’urgence, il s’est gardé d’aller jusqu’au confinement total impossible à respecter par une population qui vit au jour le jour. La vie semble donc suivre son cours normal, même si la peur du virus reste omniprésente.

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“Les enfants talibés passent leurs journées dans des zones à risques. Dans les marchés ou les gares routières. Des lieux recevant beaucoup de monde et donc propices à la contamination et la transmission du Covid-19”, redoute Aminata Kebe, responsable du projet d’appui à la protection des enfants vulnérables. Pour elle, la protection de ces enfants s’avère être une priorité, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour protéger la population de manière générale contre la propagation du virus.

“Une galère sans précédent”

A Dakar, les restaurants qui offraient à ces jeunes démunis un peu de nourriture sont désormais fermés ou tournent au ralenti. Tandis que les passants qui leur faisaient l’aumône se détournent d’eux, rapporte l’AFP. Quelques associations se sont mobilisées pour venir en aide à ces milliers de jeunes sans-abris, qui vivent “une galère sans précédent”. L’Association franco-sénégalaise Village Pilote organise des distributions de vivres dans les rues de Dakar. Tout comme l’équipe de l’Association Aidons les talibés, qui leur fournit des kits sanitaires.

L’ambitieux projet “zéro enfant dans la rue”

Quant au gouvernement sénégalais, il a lancé un ambitieux projet baptisé “Zéro enfant dans la rue” dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Selon la ministre sénégalaise de la Femme et de la Famille, Ndèye Saly Diop Dieng, il s’agit d’organiser le retour des enfants de la rue au sein de leurs familles d’origine avec un accompagnement des parents qui s’engageront pour faciliter leur insertion. Des centres d’accueil devraient accueillir ces enfants en détresse, le temps de rechercher leur famille d’origine. Si ce projet venait à aboutir, la crise du coronavirus aurait contribué, paradoxalement, à sauver des milliers d’enfants sénégalais abandonnés à leur sort.

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France Info—–