Le réseau des femmes journalistes d’Afrique, Les Panafricaines, condamne « avec la plus grande fermeté » les propos insultants, à caractère raciste, tenus mercredi sur la chaîne de télévision d’information en continu LCI par le professeur Jean-Paul Mira, chef du service réanimation de l’hôpital Cochin.

Dans un communiqué, les Panafricaines rappelle que Jean-Paul Mira, qui interrogeait en duplex professeur Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm au sujet du Covid-19 « traitement : pistes du vaccin BCG » a proposé de « faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masque, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études dans le Sida où chez les prostituées on essaye des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées et qu’elles ne se protègent pas”.

Notant l’approbation de professeur Locht, le réseau s’indigne que il est « tout simplement proposé et approuvé par l’interlocuteur, d’utiliser l’Afrique comme un laboratoire et donc les Africains comme des cobayes sur lesquels une expérience serait réalisée ». Les Panafricaines se sont ainsi élevées contre la « méconnaissance totale » dont a fait preuve Jean Paul Mira des réalités africaines, de son « approche condescendante éhontée » envers l’Afrique et de son usage de « clichés pour présenter la caricature d’un continent où les populations ne se protégeraient pas, où il n’y aurait rien: pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation« .

Les panafricaine invitent le Professeur Mira à “interroger ses collègues des hôpitaux de France qui ne manqueront pas de lui rappeler que ce qu’il dit pour parler du continent africain est d’abord valable pour le pays dans lequel il exerce sa profession”.

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Elles tiennent à rappeler ainsi qu’en France, « il n’y a que 7000 lits en réanimation alors que l’Allemagne en dispose de 27000« , précisant que le personnel hospitalier parisien manque cruellement de masques et qu’aucun pays dans le monde ne dispose pour le moment de traitement approprié pour combattre cette pandémie inédite.

« L’Afrique et ses populations n’ont pas de leçon à recevoir d’individus de la sorte », martèlent-telles encore, affirmant que quelles que soient leurs difficultés, les « Africains les abordent dans la dignité et puisent leurs forces dans leurs convictions« .

Quant à nos faiblesses, toutes nos faiblesses, soulignent les panafricaines, « elles sont le fruit de politiques perpétuées par des pays occidentaux qui continuent de doper leur taux de croissance sur les richesses de l’Afrique«

En commençant sa question par « si je peux être provocateur », Jean-Paul Mira est parfaitement conscient de la portée scandaleuse et donc répréhensible de ses propos, observe le communiqué, signalant qu’”aucune excuse ne peut lui être trouvée, tout comme au professeur Locht qui entame sa réponse en donnant raison à son interlocuteur”.

Les panafricaines disent noter « avec satisfaction » la réaction du directoire des Hôpitaux de Paris dont le directeur, Martin Hirsch, se dit « choqué » par ces propos. Elles notent, par ailleurs, qu’elles sauraient « considérer cependant, les excuses et les regrets qui sont exprimés par Jean-Paul Mira ».

Le réseau exprime, toutefois, son « étonnement » devant le communiqué de l’Inserm, qui qualifie la vidéo médiatisée notamment dans les réseaux sociaux de “tronquée”, « alors qu’elle n’a fait l’objet d’aucun montage et d’aucune altération d’aucune sorte« .

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Les panafricaines demandent à la chaîne LCI « d’assumer ses responsabilités en tant que diffuseur« , et appellent le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, garant de la lutte contre les discriminations, à prendre les « mesures nécessaires pour rappeler LCI fermement à l’ordre« , conclut le communiqué.

Basé à Casablanca, le réseau des femmes journalistes d’Afrique regroupe des centaines de journalistes à travers les 54 pays du continent, et des journalistes africaines exerçant dans d’autres médias à travers le monde. Le réseau a pour mission de contribuer à un éveil citoyen sur la responsabilité des médias et leur rôle dans la construction des opinions publiques.