Lomé, la capitale togolaise, reçoit plusieurs chefs d’Etat africains ainsi que le directeur général de l’OMS, afin de lutter contre le trafic des médicaments falsifiés et de qualité inférieure sur le continent africain pendant deux jours, les 17 et 18 janvier 2020.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit les faux médicaments comme des produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés. Ces derniers se retrouvent généralement dans le circuit informel, mais affectent également le circuit formel de la distribution de produits pharmaceutiques.

Trafic

D’après l’OMS, 42 % des cas détectés de produits pharmaceutiques inférieurs aux normes ou falsifiés ont été identifiés en Afrique, principalement dans la région subsaharienne. Ces chiffres placent le continent africain en tête des régions les plus exposées aux ravages des faux médicaments, loin devant les Amériques et l’Europe avec 21% des signalements. En 2017, 1 médicament sur 10 en circulation dans les pays sous-développés était faux.

D’après l’OMS, 42 % des cas détectés de produits pharmaceutiques inférieurs aux normes ou falsifiés ont été identifiés en Afrique, principalement dans la région subsaharienne.

Les études et saisies menées dans le cadre des opérations de lutte contre les faux médicaments indiquent que la plupart des produits contrefaits, inondant le marché africain, proviennent d’Asie. D’après l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), les cinq principales origines des médicaments frauduleux et contrefaits sont la Chine (60%), suivie de l’Inde, du Paraguay, du Pakistan et… du Royaume-Uni. Ceux-ci pénètrent le marché africain par les ports, notamment ceux ouest-africains qui sont parmi les plus affectés par le phénomène.

Les cinq principales origines des médicaments frauduleux et contrefaits sont la Chine (60%), suivie de l’Inde, du Paraguay, du Pakistan et… du Royaume-Uni.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le répète sur tous les tons : les médicaments “falsifiés ou de qualité inférieure” provoquent chaque année la mort de plus de 100 000 personnes en Afrique. A Lomé, capitale du Togo où se tient, les 17 et 18 janvier 2020, un sommet pour lutter contre le trafic de ces faux remèdes, mais aussi à Cotonou au Bénin ou à Lagos au Nigeria, la plupart des produits sont écoulés sur des marchés en plein air, souvent sur des bâches en plastique posées au sol. Cela s’appelle la “pharmacie par terre”. On y trouve toutes sortes de remèdes, des anti-douleurs classiques aux antipaludéens en passant par les antibiotiques.

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l’Afrique: un terreau fertile pour le trafic des médicaments

Si l’Afrique est aujourd’hui la destination principale de la plupart des faux médicaments fabriqués dans le monde, c’est parce qu’elle offre un environnement idéal pour la prolifération d’un tel fléau.

L’une des principales causes de la forte présence des faux médicaments en Afrique est la disproportion notée entre le prix élevé des produits pharmaceutiques de qualité et le faible pouvoir d’achat des populations africaines. Alors que le continent ne produit quasiment pas de médicaments (environ 3% de la production mondiale), les pays africains enregistrent des prix à la vente excessivement élevés. D’après Kalipso Chalkidou, directrice de la politique de santé au Center for global development, les médicaments génériques sont vendus jusqu’à 30 fois plus cher dans des pays comme la Zambie, le Sénégal et la Tunisie, comparativement à des pays plus développés comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis.

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Les médicaments vendus dans la rue sont généralement deux fois moins chers que dans les pharmacies, davantage contrôlées et obligées de s’approvisionner chez des fournisseurs agréés par le ministère de la Santé. “Il est très difficile de tracer les faux médicaments vendus dans la rue”, explique à l’AFP le Dr Innocent Koundé Kpéto, président de l’Ordre national des pharmaciens du Togo. “Les pays qui sont mentionnés sur les boîtes, souvent, ne sont pas les pays de provenance de ces médicaments. Les fabricants brouillent les pistes pour ne pas être identifiés”.

La Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM) estime qu’un investissement de 1000 dollars peut générer 500 000 dollars de profits, ce qui rendrait les faux médicaments plus rentables que la plupart des stupéfiants.

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Deux cents tonnes de faux médicaments saisies à Abidjan
Des plaques tournantes du trafic ont été démantelées, comme le célèbre marché Adjégounlè à Cotonou, l’une des principales portes d’entrée des faux médicaments en Afrique. En juillet 2019, 67,8 tonnes de produits pharmaceutiques contrefaits, saisis entre juin 2018 et juin 2019, ont été brûlés à Lomé. Une saisie record de 200 tonnes de faux médicaments a aussi été réalisée mi-novembre à Abidjan par la gendarmerie ivoirienne et quatre suspects, dont un ressortissant chinois, ont été arrêtés. La Chine et l’Inde semblent être, en effet, les principaux pourvoyeurs des médicaments “falsifiés” dont la proportion par rapport aux remèdes homologués en Afrique s’élèverait par endroits à 60%.

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Une étude de l’université d’Edimbourg indique qu’entre 72 000 et 169 000 enfants décèdent probablement chaque année d’une pneumonie traitée avec des antibiotiques de qualité inférieure ou falsifiés.

Vers un accord international criminalisant le trafic de faux médicaments
Lors du sommet de Lomé, sept chefs d’Etats africains (Togo, Congo-Brazzaville, Ouganda, Niger, Sénégal, Ghana, Gambie) doivent signer l’Initiative de Lomé, un accord international criminalisant le trafic de faux médicaments. Le Togo fait d’ailleurs figure de pionnier après avoir endurci son code pénal dès 2015.

Mais, obstacle majeur, tant que le Nigeria, vaste marché de 200 millions d’habitants et première destination des produits contrefaits en Afrique, ne rejoindra pas les efforts déployés par ses voisins, la lutte contre ce fléau restera anecdotique. En effet, le tiers des 126 millions de médicaments falsifiés saisis dans 16 ports africains lors d’une opération de l’Organisation mondiale des douanes en septembre 2016, était destiné au géant anglophone.